COVID ZERO
Ici en photo, le marché Tilène dans le quartier de Médina (Photo FIRIINFOS).
Dans les rues de Dakar, en ce samedi, 1er mai 2021, plus on avance dans la journée, plus l’ambiance de confinement apparent disparait rapidement en fonction des lieux où on se rend. Le contraste est plutôt fort étonnant avec ce qui se passe partout ailleurs, plus particulièrement en Europe, aux Etats-Unis, en Asie ou beaucoup plus préoccupant encore en Inde. Alors qu’au même moment un peu partout en Afrique, particulièrement au Sénégal, les populations, pour des raisons inconnues des scientifiques, sont miraculeusement épargnées par la vague meurtrière du virus, défiant ainsi tous les pronostics macabres auparavant prédis à l’encontre du continent.
Il faut bien évidement rester prudent mais force est de constater que cela reste loin d’être une préoccupation partagée par les gouvernants et les populations. Les premiers, bien qu’ayant lâché du lest en abandonnant bon nombre de mesures restrictives continuent de faire circuler des messages de sensibilisation tout en déployant de nombreuses campagnes de vaccination. Les populations quant à elles agissent désormais dans une relative insouciance avec des préoccupations on ne peut plus communes : tous ou presque pensent et s’organisent déjà pour la célébration de la fête qui se tient chaque année à la fin du mois de Ramadan. Il suffit tout simplement de faire le tour des marchés pour se rendre compte de l’engouement que suscite cet évènement. Déjà, les prix flambent, avec une telle perfidie dont seuls les hommes d’affaires et autres commerçants cupides aux méthodes roublardes savent faire preuve à l’occasion. On s’en plaint quelques fois ici et là mais cela n’entame en rien la détermination des populations.
Les marchés sont bondés de monde avec des étales qui débordent dans la rue, au milieu de commerçants collés-serrés les uns aux autres, vers lesquels on se déplace en circulant pratiquement au corps à corps à travers un dédale touffu au mépris de toutes les mesures sanitaires édictées. Y compris le port du masque, totalement aléatoire !
On y retrouve en grande majorité des femmes qui en se rendant au marché, profitent à la fois pour acheter les provisions qui rentreront dans la préparation du repas de la rupture du jeûne, mais aussi pour dénicher ici et là divers éléments ou des accessoires qui constitueront leur accoutrement et celui de leur famille au jour de fête.
Les tailleurs, également très sollicités en cette période, ont reçu diverses commandes, aussi bien d’hommes que de femmes, qu’ils s’attèlent à confectionner à la chaine en faisant pratiquement tourner leurs machines à coudre jour et nuit.
Une telle fête ne serait réussie sans l’aliment phare qui est ici le poulet, dont certains ont déjà passé commande auprès des éleveurs et dont le prix va très certainement bondir dans les prochains jours.
Les cordonniers et les coiffeurs ne sont pas en reste dans cette effervescence. Tous se frottent fiévreusement les mains. Les taxis, les minicars, les bus et même les clandos circulent bondés dans un sens comme dans l’autre sans véritables mesures de sécurités sanitaires. Autant dire que sous nos cieux, on a plutôt le cœur à la fête… ou presque, avec une attitude COVID complètement nulle ou COVID ZERO. Faut-il s’en inquiéter ?
Oui, tout de même. Ou plutôt, il faut rester vigilant et ce, malgré l’amélioration déjà observée depuis de nombreuses semaines et qui se confirme à travers le dernier communiqué officiel du ministère de la santé selon lequel seuls 44 cas seraient revenus positifs sur un échantillon de 1552 tests réalisés et aucun décès signalé. Un bilan plutôt effarant comparé à certaines régions du monde dont l’Inde, le Brésil ou encore les Etats-Unis et la France respectivement avec 392 488, 66 964, 44 682 et 25 670 nouveaux cas par jour[1] avec tous les décès qui s’en suivent.
Il faut donc reconnaitre, tout en restant extrêmement prudent, que le virus ne sévit pas chez nous avec autant de virulence que dans certaines régions du monde. Et ce, depuis le début de cette pandémie qui a fait aujourd’hui plus de 3 millions de morts à travers le monde dont 1111 au Sénégal[2].
Cela explique peut être en partie l’attitude insouciante « COVID ZERO », plutôt festive, des populations qui se sont lancées dans les préparatifs de la fête de la Korité.
Mais les sénégalais n’oublient pas pour autant d’associer le reste du monde à leurs prières. Mais aussi et surtout d’avoir une pensée pieuse pour leurs semblables, partout ailleurs dans le monde, qui livrent une bataille sans merci, qui malgré les apparences est aussi la nôtre, contre l’un des plus féroces ennemis de l’humanité.
[2] Source : COVID-19 Data Repository by the Center for Systems Science and Engineering (CSSE) at Johns Hopkins University
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